Discipline, ce maître mot

Pas moins de six définitions relativement distinctes dans le Dictionnaire de l’Académie française… Il faut dire que ce terme va bien au-delà d’un simple signe verbal, même si son emploi demeure relativement fréquent et courant. Son contenu est particulièrement dense, tant la discipline est susceptible d’assembler bon nombre de comportements vertueux : rigueur, enseignement, apprentissage, courage, maîtrise, méthode, dépassement, exigence, concentration, persévérance, écoute, attention, structuration, correction, discernement…

Surtout, si la discipline dépasse largement l’idée régulièrement admise de contrainte, c’est notamment parce que son essence renvoie avant tout à la forte volonté de faire sans cesse de son mieux, et de défier parfois avec hardiesse les difficultés. Être discipliné, c’est accepter de se former, d’écouter et de progresser continuellement, dans le respect de règles communes, indispensables pour garantir une organisation efficace et un climat de confiance. Par le cadre clair qu’elle apporte, la discipline sécurise l’action.

Cette hygiène intellectuelle, source d’extensions des forces intérieures, s’entend aussi en valeur professionnelle. Et c’est heureux. Par-delà sa résonance en matière de déontologie, d’application et d’implication, sa place dans nos savoir-faire élève clairement leur portée. S’imposer une discipline, c’est savoir gérer son temps, rester concentré et persévérer malgré les obstacles, au point de demander parfois de renoncer à l’immédiateté, au confort et aux idées reçues pour atteindre des objectifs plus ambitieux.

Si un sens plus ancien du mot évoque l’idée de correction (au Moyen-âge, un vocabulaire nourri de « châtiments » ou de « pénitence » lui était associé), son étymologie latine, disciplina, maintiendra sa trajectoire vers les univers sémantiques de la transmission immatérielle, de l’instruction, de la formation, pour finalement retenir que l’erreur fait partie du travail et qu’elle doit être reconnue et corrigée. Ainsi comprise, la discipline devient un outil d’amélioration plutôt qu’une pression, jusqu’à provoquer l’effet multiplicateur si souvent espéré, pour transformer la somme des talents individuels en performances d’équipe. Au fond, et en somme, il s’agit assurément d’une condition essentielle de l’intelligence collective.

C’est peut-être d’ailleurs dans cet esprit que cette phrase d’Alan Turing peut être lue : « Un homme muni de papier, de crayon et de caoutchouc, et soumis à une discipline stricte, est en effet une machine universelle. »

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