Méthode ou méthodo ? Pour en finir avec cette confusion !

Au moment de décorer George Lucas de la Médaille nationale des Arts et des Lettres en juillet 2013, le Président Barack Obama ne put retenir ce trait d’humour : « la sagesse populaire à Washington dit que je devrais essayer d’appliquer la méthode mentale des Jedi aux Républicains pour les convaincre ». Si l’Histoire contemporaine des Etats-Unis d’Amérique y aura peut-être apporté quelques éléments de réponse, une autre question de fond pourrait s’y cacher : la force que Maître Yoda enseignait était-elle une méthode ? Ou, dans la mesure où ce pouvoir imaginé dans la célèbre triple trilogie semble se fonder davantage sur le discernement – pour être conduit à l’utiliser ou non -, ne serait-il pas plutôt question de méthodologie ?

Pour éviter de s’égarer dans l’instinctivité à la française d’aimer fréquemment entrer en contradiction avec la Maison Blanche, autant s’agripper au réflexe de définir les termes en exorde, avec le meilleur choix des mots possible. Qu’ils soient employés dans la langue de Molière ou de Shakespeare (method/methodology), la méthode désigne toute démarche ordonnée, tout ensemble de moyens raisonnés permettant de parvenir à un résultat ou d’établir une pratique, alors que la méthodologie consiste à étudier les méthodes de recherche et d’analyse propres à une science, à une discipline. Autrement dit, si ces deux termes sont proches, ils ne désignent pas la même réalité. C’est d’ailleurs pourquoi l’Académie française insiste pour ne jamais les employer en tant que synonymes. On peut donc parler d’une méthode de travail, d’une méthode d’apprentissage ou d’une méthode de recherche, et choisir « méthodologie » lorsqu’il faut expliquer pourquoi une démarche a été retenue plutôt qu’une autre.

Les intellectuels antiques évitaient déjà cet écueil. Aristote l’exprimait si bien : « il n’y a pas une méthode unique pour étudier les choses ». Il faisait ainsi apparaître les contours de la méthodologie. Evidemment que les termes sont proches, mais savoir les distinguer convenablement permet d’employer un vocabulaire plus précis et plus juste, autrement dit d’améliorer la clarté du discours, de renforcer la précision de l’expression et de témoigner d’une bonne maîtrise de la langue. D’où cet appel à la vigilance : lorsqu’un « guide méthodologique » est annoncé, transmis, proposé ou imposé, il ne peut contenir qu’une seule méthode à suivre, et doit en proposer plusieurs, toutes aussi pertinentes les unes que les autres, mais pour en extraire une, a priori la mieux adaptée à son propre contexte.

C’est pourquoi bon nombre d’étudiants issus directement de l’enseignement secondaire s’exposent parfois à traverser quelques secousses lorsqu’ils espèrent disposer d’une seule ligne de conduite à respecter, partagé dans les moindres détails par chaque enseignant, pour traiter chaque sujet d’examen… C’est aussi pourquoi tout individu créatif est susceptible de se retrouver dans le brouillard au moment de vouloir protéger ses innovations : le code de la propriété intellectuelle livre des outils (brevets, marques, dessins et modèles, unité de l’art, etc…), donc lui livre une véritable méthodologie, mais la méthode qu’il choisira n’y apparaîtra pas distinctement, tant un nombre important de combinaisons parmi les moyens de protection et de valorisation est soumis à son propre jugement. En somme, si la méthodologie peut s’illustrer en terrain de jeu, la méthode sera la feuille de match.

Si ces quelques lignes n’ont guère d’autre prétention que de projeter la lumière sur une confusion fréquente pour mieux l’effacer des jargons environnants, notamment dans la vie professionnelle où manifestement peu d’individus s’en agacent, autant les prendre en considération pour apprécier cette liberté, propre à chacune et chacun, de choisir sa méthode pour progresser, avancer, dépasser, voire se planter ! Merci à Pierre Dac pour cette aide à conclure : « Avec de la méthode et de la logique on peut arriver à tout aussi bien qu’à rien ».

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