Pas d’IA sans IE !

Une donnée n’est pas une information, qui n’est pas une connaissance, qui n’est pas une compétence. Si distinguer ces éléments apparaît nettement décisif à bien des égards en cette époque, force est de constater qu’ils présentent trois très sérieux points communs : ils sont immatériels ; ils ont une valeur marchande ; et ils nourrissent abondamment l’intelligence artificielle.

Oui, c’est en cours : dans sa capacité de recueillir, traiter, analyser, voire produire de la donnée, de l’information, de la connaissance et de la compétence, l’IA transforme à grande vitesse les modèles économiques, les services publics et les rapports de pouvoir. Or, sans capacité de veille, de méthodologie d’interprétation, de croisement des regards, de bon sens et de conscience, l’abondance devient du bruit. Ainsi, derrière l’innovation technologique se joue une bataille plus discrète : celle de l’information stratégique.

Beaucoup plus ancienne dans la pratique, l’intelligence économique (IE) se repositionne désormais au premier plan des disciplines inévitables. Selon le Rapport Martre de 1994, il est d’usage de la définir en « ensemble des actions coordonnées de recherche, de traitement et de distribution en vue de son exploitation, de l’information utile [nécessaire à l’élaboration et à la mise en œuvre de la stratégie] aux acteurs économiques ». En complément d’étude, la doctrine anglo-saxonne semble préférer cette formulation, tout de même convergente : « processus systématique et éthique de collecte et d’analyse d’informations sur l’environnement concurrentiel afin d’aider à la prise de décision ».

Concrètement, il s’agit surtout de conduire une solide triple action : établir une veille stratégique (technologique, juridique, concurrentielle…), protéger les données, l’information, l’innovation, sans oublier le savoir-faire (propriété intellectuelle, secret d’affaires…), et influencer, au sens de la maîtrise de l’image et d’étendre ses réseaux d’information. Mais l’orchestration avec l’IA fait naître une nouvelle symphonie : si l’IA est un moteur, l’IE devient le système de pilotage, puisque sans stratégie d’information, la technologie avance sans direction. Et le sujet concerne aussi bien les entités privées que publiques : pas d’IA sans IE !

Surtout, un point ferait l’unanimité chez les plus grands praticiens de l’IE, concernant les risques de contrecoups… En effet, plus on explore, plus on se découvre, s’expose, et plus on peut subir ! D’où l’impérieuse nécessité, là encore, de se former en la matière. Pour acquérir les bons réflexes, disposer d’outils fiables et gagner en maîtrise, ce besoin de monter en compétences en IE s’exprime d’ailleurs de plus en plus, et sans surprise. C’est si logique, tant la compétence est la capacité à mobiliser ses connaissances, qui correspond à l’assimilation et à la compréhension durable des informations, qui se fondent sur la contextualisation de plusieurs éléments bruts, les données.

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